Trois candidats, Benoit Hamon, Damien Baldin et Stéphane Junique, se présentent à la présidence d’ESS France, une fédération qui intègre les familles d’acteurs qui constituent l’ESS d’aujourd’hui. (Cet article de Care news explique de façon fort claire les enjeux et forces en présence.)

De notre coté, les cinquante milles abonnés et abonnées de cette newsletter étant très représentatifs des familles en question, on a vous demandé de poser des questions auxquelles vous trouverez ci-dessous les réponses par chaque candidat. 

Voici les réponses de Damien Baldin.

Damien Baldin est Directeur Général de la fondation La France s’engage.


  • Si on rêve un peu, à quoi ressemblera l’ESS en 2030 ?

Au rêve, je préfère l’ambition de l’action. Et puis surtout, pourquoi rêver « un peu » quand on peut faire « beaucoup » ?

La réussite de l’ESS se mesurera d’abord à sa capacité d’améliorer la vie des gens, notamment des plus vulnérables et dans les territoires les plus marginaux, et de contribuer à la transition écologique. C’est cela l’ambition de l’ESS pour 2030 : assurer un logement digne et écologique pour tous dans un pays qui compte près de 4 millions de personnes mal logés ou sans logement, rendre accessible une alimentation durable et de qualité quand presque autant sont mal nourris, améliorer la prise en charge collective de nos anciens quand près d’un sur 10 vit sous le seuil de pauvreté après 75 ans, participer à la décarbonation de nos industries et de nos transports.

Pour relever tous ces défis collectifs, je suis persuadé que l’économie sociale et solidaire a des savoir-faire et un sens de l’innovation complémentaires de l’action des pouvoirs publics et de l’économie conventionnelle.

  • Comment faire en sorte qu’il y ait des candidatures de femmes lors de la prochaine élection ?

Pourquoi attendre la prochaine élection ? J’ai proposé au comité de nomination d’ESS France que nous puissions voter dès que possible pour désigner une co-présidente issue des chambres régionales de l’ESS. Et pourquoi pas lors de l’assemblée générale de juin ? Il ne tient qu’à nous collectivement que cela se réalise dès 2024. C’est une simple question de volonté politique.

  • Quelles sont les propositions que vous porteriez pour améliorer le financement de l’ESS ? 

L’amélioration du financement de l’ESS passe avant tout par le déploiement d’une culture de l’ESS auprès de deux parties prenantes essentielles : les professionnels de la finance et de la banque et les fonctionnaires. Nous devons investir leurs formations initiales et continues pour mieux les sensibiliser et les former à l’ESS. Plus que de nouvelles réglementations, c’est cela dans le temps long qui facilitera les financements privés et publics de l’ESS.

Parallèlement, il reviendra dès maintenant à ESS France d’instaurer un dialogue officiel et planifié avec les banques publiques et privées, avec les fonds d’investissement et les entreprises conventionnelles pour augmenter à partir d’indicateurs partagés leur part de financement et de transaction (je pense ici notamment aux achats et services responsables) avec les structures de l’ESS.

Nous devons avoir cette même exigence avec l’Etat : l’ESS doit être un bénéficiaire majeur des investissements d’avenir et ESS France devrait siéger au conseil de surveillance du Secrétariat général pour l’investissement. Auprès de l’Etat et des collectivités territoriales, nous devons aussi favoriser l’accès des structures de l’ESS aux marchés publics, en nous inspirant des CRESS et d’ESS 2024. C’est une source importante de développement et une manière d’affirmer notre sens du service public.

  • Est ce qu’il y a une ESS de droite et une ESS de gauche ?

Vous connaissez, comme moi, le quotidien de l’économie sociale et solidaire et la réalité des femmes et des hommes qui en sont le visage. Ils ont tous les âges, ils appartiennent à toutes les catégories sociales, ils habitent à la ville, à la campagne, dans toute la diversité de nos communes, et vivent dans des environnements culturels différents. Ils sont venus à l’ESS pour mille raisons : par conviction politique, par pragmatisme entrepreneurial, par militantisme écologique comme par tradition catholique, par opportunité d’emploi et très souvent sans le savoir. On y trouve des électeurs de gauche et de droite, et des extrêmes aussi.

L’ESS a donc d’abord le visage de la France.

Elle est aussi une véritable économie politique qui se confond historiquement avec le socialisme libéral. Celui-ci au 19ème siècle désigne à la fois l’économie socialiste des coopératives et des mutuelles et un corpus d’idées qui promeut une rupture aussi bien avec le libéralisme économique classique qu’avec le socialisme autoritaire du marxisme. L’économie sociale et solidaire est ainsi née de l’engagement d’ouvriers socialistes et de patrons philanthropes, d’antifascistes italiens et de libéraux anglo-saxons qui ont su trouver des directions communes. Hier, comme aujourd’hui, la diversité de nos statuts, de nos modèles économiques mais aussi de nos cultures est un atout. Nous devons affirmer un projet politique, non pas au sens partisan mais au sens de l’intérêt général. 

  • Donnez-moi une bonne raison de croire que l’ESS va vraiment transformer l’économie classique ! 

L’ESS n’est pas une religion, c’est une économie politique. Nous n’avons pas besoin de croyance mais d’action.

  • Est-ce que l’ESS d’autres pays ou continents doit nous inspirer ?

L’économie sociale et solidaire est par nature internationaliste. Ce ne sont pas les sources d’inspiration qui manquent, c’est notre capacité à les rendre visibles et lisibles et surtout à les analyser pour les dupliquer à l’échelle locale comme nationale. 

Dans cette perspective deux démarches m’inspirent particulièrement. La première est l’International Panel on Social Progress qui réunit des centaines de chercheurs internationaux en sciences sociales pour mieux cartographier et analyser les dispositifs d’innovation sociale dans le monde et proposer des recommandations de politiques publiques capables d’assurer une transition juste (https://www.ipsp.org/). La seconde est Citiplat (Citizens’ Platform on Climate Change), une plateforme citoyenne internationale qui a pour objectif de mieux faire connaître toutes les initiatives citoyennes qui participent à la transformation écologique et sociale de l’économie (https://www.citiplat.org/).

Enfin, comme Orientation durable, j’ai un tropisme argentin. J’ai une grande admiration pour la manière dont les travailleurs non-salariés argentins de l’économie populaire – un concept autant qu’une réalité sociale dont nous devrions nous inspirer pour mieux penser le travail et l’économie sociale et solidaire – se sont regroupés en créant la Confédération des travailleurs de l’économie populaire (CTEP) pour affirmer leurs droits et préserver leur économie.

  • Qu’est-ce qui différencie vraiment votre candidature des deux autres ?

Sa capacité à être le trait d’union entre les deux autres. Il ne vous aura pas échappé que Benoît dirige une association lauréate de La France s’engage et que Stéphane préside un groupe mutualiste, mécène de notre fondation. C’est l’art de la synthèse et du consensus démocratique.


Pour consulter l’interview de Stéphane Junique, c’est par ici

Pour consulter l’interview de Benoît Hamon, c’est par ici


Crédit photo : François Lafite

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